L’histoire cachée
d’Alice Guy-Blaché

Be natural

© Splendor Films / EEC

Un documentaire de Pamela B. Green

Be natural (Soyez naturel) !

Voici l’injonction affichée par Alice Guy-Blaché sur une pancarte
à l’attention des acteurs des studios de la Solax, maison de production dans le New Jersey.
Mais qui est Alice Guy ? Avez-vous déjà entendu parler d’elle ?

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Hommage

Be natural – L’histoire cachée d’Alice Guy-Blaché est un documentaire hommage, produit par Robert Redford, Hugh Heffner et Jodie Foster (qui est également la narratrice).
Pamela B. Green, réalisatrice, présente l’histoire d’une pionnière, Alice Guy-Blaché étant probablement l’une des toutes premières réalisatrices de l’histoire du cinéma, suivie d’une enquête : pourquoi son travail et son nom ont-ils été occulté ?

biographie

Alice Guy est née le 1er juillet 1873 à Saint-Mandé. Elle commence sa carrière en tant que secrétaire au Comptoir Général de la Photographie, au service de Léon Gaumont. C’est elle qui le convainc de produire des films à scénario. Avec son autorisation, elle réalise La fée aux choux en 1896. Avec ce film narratif, elle est sans doute à ce moment la première réalisatrice de l’histoire du cinéma. Alice Guy prend la direction du département de film de Gaumont. Elle y réalise des films parlants appelés “phonoscènes”, et tourne le premier making of : “Alice Guy tourne une phonoscène”. En 1907, elle épouse Herbert Blaché, opérateur de l’agence Gaumont.

Le couple est envoyé aux Etats-Unis en 1909 pour promouvoir le chronophone, mais l’appareil n’a pas de réel succès. C’est alors qu’Alice Guy monte sa propre société, la Solax, dont elle est présidente et directrice de production. Elle fait construire un studio à Fort Lee dans le New Jersey. A cette époque, Solax est la plus grande maison de production du pays, avant la naissance d’Hollywood. Elle produit et tourne westerns, mélodrames, films sur la Guerre de Sécession… Elle réalise le premier film connu à ce jour uniquement joué par des acteurs afro-américains (A Fool and His Money, 1912).

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En 1914, la Solax est dans une situation financière tendue, notamment à cause de la mauvaise gestion d’Herbert Blaché. Alice Guy divorce. Endettée, elle vend son Studio de Fort Lee et décide de revenir en France où elle tente sans succès de réintégrer le monde de la réalisation. En 1927, elle retourne aux Etats-Unis pour tenter de récupérer ses films, elle n’en retrouve que trois. Déjà, sa contribution à l’histoire du cinéma est dévaluée, presque disparue.

En 1957, la Cinémathèque française lui rend hommage très partiellement, à l’initiative du fils de Léon Gaumont, Louis. Celui-ci obtient tout de même qu’elle soit décorée de la Légion d’Honneur. Elle décède en 1968 dans le New Jersey (Etats-Unis), âgée de 94 ans. Ses mémoires ne seront publiées qu’en 1976, faute d’éditeur.

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Pionnière du cinéma

Si cette pionnière du cinéma a été si importante, au point d’implanter un vrai studio de tournage aux Etats-Unis, avant l’ère d’Hollywood, pourquoi est-elle aujourd’hui si peu connue ?
Un évincement mystérieux, que l’exposé de Pamela B. Green rend manifeste : Alice Guy était une femme, ainsi, son travail, peu pris au sérieux, s’est retrouvé ignoré par les professionnels du cinéma et par les historiens. Et elle n’est pas la seule.
Au commencement, le cinéma, encore en phase expérimentale, comporte de nombreuses femmes exerçant des métiers à responsabilités, de la réalisation, à l’écriture de scénario et à la production : Margaret Booth, Dorothy Arzner, Mabel Normand, Lois Weber, Cleo Madison, Frances Marion, Anita Loos, June Mathis… La moitié des films d’avant 1925 sont écrits par des femmes.
C’est avec la transformation du cinéma en véritable industrie, avec cette notion économique, et par la création de syndicats dans la profession, que les femmes sont peu à peu reléguées au second plan, dès les années 30.

La seconde partie du documentaire de Pamela B. Green expose son travail de recherches, quasi journalistique, un long marathon de huit années.
Sur l’écran, le fil de l’histoire se déroule au pas de course, faisant se succéder images, interviews (dont quelques rares d’Alice Guy elle-même), extraits de films et archives.

De très nombreux intervenants défilent : Geena Davis, Patty Jenkins, Ava DuVernay, Michel Hazanavicius, Julie Delpy, Ben Kingsley, Peter Farrely, Marjane Satrapi, Agnès Varda, Evan Rachel Wood… mais également des membres de la famille d’Alice Guy, retrouvés après une investigation généalogique.
Ces témoins offrent des documents inédits permettant de retracer l’histoire de cette réalisatrice des premiers temps de la manière la plus complète possible.

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Pamela B. Green

"J'ai senti que le moment était venu de faire un pas en avant et d'aider à faire la lumière sur l'histoire d'Alice, entourée de controverses. De plus, son histoire accompagne les débats actuels sur les droits des femmes et de leur absence de reconnaissance. J'espère vivement que ce film participe aux débats sur la présence des femmes dans cet art qu'est le cinéma. Se souvient-on des nombreuses premières cinéastes ? Non, l'Histoire les a oubliées. Il est temps de changer cela."

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(Re)découverte

Be natural – L’histoire cachée d’Alice Guy-Blaché, avec le désir de rendre justice, permet une belle (re)découverte de l’héritage de la première réalisatrice française (et peut-être dans le monde). Suite à ce travail, plusieurs œuvres d’Alice Guy ont pu être retrouvées ; la Fondation mondiale pour le cinéma, présidée par Martin Scorsese, s’est engagée à les restaurer.

Date de sortie le 22/06/2021

Copyrights

Textes : COLACO
Images : Splendor Films / EEC

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