Kongo

Réalisateurs : Hadrien La Vapeur, Lucas Corto Vaclav

Au Congo–Brazzaville, au pays des esprits et des guérisseurs, un lien étroit existe entre médecine et spiritualité. La magie subsiste dans le réel, au quotidien, dans toutes les sphères de la société. Un documentaire qui nous plonge dans le mystique, où l’on entrevoit un “monde invisible” très présent.

Six années de préparation et plusieurs voyages ont été nécessaires aux réalisateurs, Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav. Kongo est une sorte d’histoire documentaire, il n’est pas filmé dans un but de compréhension de l’autre ; il ne donne aucune explication pour le public occidental, incitant plutôt à la libération du regard, à la remise en question. Il n’émet ni jugement ni recherche cartésienne. L’irrationnel émerge, il fait irruption et si l’on arrive à ne pas se poser de questions, on découvre la réalité d’une autre conception de l’existence.

La caméra filme le quotidien et la pratique sociale et médicinale de l’Apôtre de l’église Ngunza, Médard, 51 ans, guérisseur traditionnel qui officie dans la banlieue de Brazzaville.

Médard exerce son métier depuis plus de 30 ans. Son don pour la guérison, il l’a reçu très jeune, à la mort de sa mère, qui était une grande prêtresse. (…) Mais Médard ne représente pas l’image de l’homme spirituel retiré du monde, il a au contraire les deux pieds dans la vie. (…) On voulait faire sentir que Médard exerce aussi son métier de guérisseur pour gagner de l’argent. Et c’est cette ambivalence qui a validé notre envie de faire ce film avec lui.

-- Corto Vaclav
Les Ngunzas sont une confrérie de guérisseurs, c’est aussi une religion, de tradition animiste, où l’on voue un culte aux génies de la nature, où l’on invoque les esprits des ancêtres et où l’on dispense des enseignements spirituels et des soins thérapeutiques contre les mauvais sorts. Le guérisseur est à la fois médecin, pharmacien, prêtre et psychologue. Les guérisons, les saignées, transes, invocations, breuvages, exorcismes… tout est filmé avec naturel et sans indications, car le sacré n’a pas d’explications.
L’ "intrigue" du documentaire se focalise sur un procès. L’apôtre Médard est sur le point de perdre sa licence de guérisseur : il est accusé de magie noire, mis en cause dans la mort accidentelle de deux de ses patients : deux enfants, foudroyés. Il doit répondre de ses actes devant des représentants de la "justice", au tribunal coutumier.

En filmant Médard, en tenue de prêtre, solennel, en train d’errer à la recherche des esprits, on croise une nature défigurée par des chantiers d’entreprises chinoises.

Les carrières sont exploitées sur les berges à la sortie de Brazzaville, obligeant les esprits de l’apôtre à déménager. Le monde spirituel s’adapte, se renouvelle, résiste. Il a résisté au passage du temps, à la colonisation, aux campagnes d’évangélisation. Intrinsèquement lié à l’Afrique, il ne disparaîtra sans doute jamais.

Date de sortie le 06/10/2020

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