Les enfants du 209 rue Saint-Maur

Paris Xe

Une enquête historique bouleversante sur les traces mémorielles de l'Occupation

Une porte d’un bleu délavé, écaillée, quatre bâtiments de six étages aux multiples fenêtres voisines autour d’une cour intérieure. Ruth Zylberman a choisi un immeuble d’une rue de Paris, au hasard, pour en raconter l’histoire sur la période de la Seconde Guerre mondiale

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Le documentaire a été primé notamment au Festival de Haïfa, au FIPA (Luchon) et aux Etoiles de la SCAM (2019).

Ruth Zylberman

« Le passé est autour de nous à l’état de présence et le lieu fait le lien »
Ruth Zylberman, documentariste, en est persuadée, le passé n’est pas englouti. Fascinée par « la manière dont le temps se dépose dans un lieu », ses recherches l’ont amenée à reconstituer l’histoire d’un immeuble, le 209 rue Saint-Maur à Paris (Xe arrondissement). Le documentaire nous invite à regarder 70 ans en arrière, en gardant un œil sur le présent.

Une recherche généalogique

Cela a demandé un travail de généalogie de 4 années, il a fallu retrouver le nom des occupants, de leur logement au bon étage, reconstituer les familles… Conseillée et aidée par les historiens Claire Zalc (spécialiste de la micro-histoire de l’holocauste) et Alexandre Doulut, Ruth Zylberman a compulsé les Archives nationales et de la préfecture de Paris : dossiers d’aryanisation, fichier de recensement de 1936… Dans les années 1930, 300 habitants dont un tiers d’étrangers (Italiens, Juifs venus pour la plupart de Pologne et de Roumanie) vivaient dans l’immeuble. Quand survient le fatidique 16 juillet 1942, la rafle du Vel’d’Hiv’, 50 personnes dont 9 enfants sont arrêtés. 

Une enquête de détective

La documentariste s’est ensuite faite détective, pour retrouver les personnes survivantes, notamment via de petites annonces dans les journaux. Des enfants juifs et non juifs séparés par la guerre, anciens locataires aujourd’hui âgés et éparpillés à Paris et dans sa banlieue, en province, à Melbourne, New York, ou Tel-Aviv. Odette, Jacques, Thérèse, Albert, Henry, Jeanine,… ils avaient entre 5 et 14 ans, la plupart n’ont pas revu leurs parents depuis lors.

Ruth Zylberman les a rencontrés, a tenté de recomposer avec eux la disposition des intérieurs (avec du mobilier miniature). Deux d’entre eux sont revenus sur les lieux où résonnent les cris des enfants d’aujourd’hui ; le présent insouciant, toujours le même. Dans l’immeuble ; le passé et le présent sont filmés ensemble, tout comme les pierres et les habitants. Les fantômes reprennent leurs droits sur la cour, les murs, les escaliers.

« J’ai cette conviction que les temps ne se succèdent pas linéairement les uns après les autres. Le maintenant et l’autre fois se retrouvent dans un rapport dialectique pour former une image telle une constellation. »

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