L'Etat du Texas contre Melissa

Un documentaire de Sabrina Van Tassel

L’Etat du Texas contre Melissa est un documentaire enquête qui présente les faits d’une condamnation. Melissa Lucio, femme hispano-américaine, mère de 14 enfants, est dans le couloir de la mort de la prison de Gatesville (Texas) depuis 11 ans, condamnée pour le meurtre de sa petite fille de deux ans. Mais l’histoire de cette condamnation regorge de zones d’ombre.

Enquête

Sabrina Van Tassel, réalisatrice franco-américaine de documentaires (La cité muette est son premier long métrage sorti au cinéma), rencontre Melissa Lucio alors qu’elle réalise un reportage aux Etats-Unis sur les femmes dans le couloir de la mort. Au départ récalcitrante, elle n’a pas envie de faire un film sur une meurtrière d’enfant, c’est l’absence d’intérêt que semble susciter l’histoire de Melissa Lucio qui l’interpelle :

« En faisant des recherches, je me suis rendue compte que son histoire n’avait pas suscité un grand intérêt dans les médias. À peine quelques lignes dans un journal local. Un fait divers comme un autre. Pas suffisamment morbide pour les reconstitutions d’enquêtes criminelles à la télévision. Pas suffisamment touchante non plus. Le sort de Melissa n’avait provoqué aucune empathie. Elle n’intéressait personne.”

Elle décide de lui parler, à cette femme dont tout le monde se désintéresse. En face à face, d’un côté et de l’autre du parloir, Melissa Lucio devient tangible, humaine. L’enquête peut commencer.

(…) il paraissait clair que son histoire regorgeait de zones d’ombres jamais explorées. J’ai eu envie de comprendre qui était cette femme, avec ses failles et toute la complexité de son histoire. Je voulais en faire un film, qu’elle soit coupable ou non.

Sabrina Van Tassel

Mariah Lucio, petite fille âgée de deux ans, meurt soudainement, suite à une chute d’escalier. Son corps est recouvert d’ecchymoses. Aussitôt, sa mère, Melissa Lucio, toxicomane et chômeuse, est suspectée de maltraitance et d’infanticide. Le film s’ouvre sur l’interrogatoire filmé de la police, quelques heures après la mort de l’enfant.  3 heures du matin, après 7 heures d’interrogatoire brutal : les enquêteurs obtiennent enfin des aveux : oui, elle a bien frappé sa fille. Des aveux que Melissa signe et qui scelleront son sort.

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Le documentaire déroule son investigation à partir de là, minutieusement. Le procès expéditif, la condamnation à mort, car rien ne révolte plus les sociétés que les meurtres d’enfant. Pourtant, la certitude de sa culpabilité, qui ne faisait aucun doute à l’ouverture du film, semble au fur et à mesure moins solide tandis que Sabrina Van Tassel mène l’enquête, s’entretient avec la condamnée, interroge également sa famille, ses avocats, des médecins.

Une coupable idéale

Melissa Lucio présente typiquement le profil peu reluisant que l’Amérique voudrait bien calfeutrer : elle est en situation de grande précarité, mère de 14 enfants, et souffre d’addiction à la drogue.

En période électorale, Armando Villalobos, procureur de district, est soupçonné d’avoir utilisé le cas de Melissa Lucio pour être réélu. « Pas de clémence pour les mères imparfaites », qui plus est, sans ressources. Connu pour avoir soudoyé des juges et avocats, il est reconnu coupable en 2014 de corruption et d’extorsion pour avoir accepté plus de 100 000 $ en échange de résultats favorables dans des procès pénaux.

Si Melissa Lucio a bénéficié d’un avocat commis d’office, celui-ci a dissimulé des pièces qui lui auraient évité la condamnation la plus sévère. C’est le cas de plusieurs témoignages non révélés au moment du procès : par exemple celui d’un médecin légiste qui invalide les conclusions de son prédécesseur et qui déclare que la mort de l’enfant aurait pu découler d’un traumatisme crânien causé par une chute dans un escalier ; ou encore ceux des enfants de Melissa, qui ont été témoins de la chute… Cet avocat a-t-il omis ces témoignages par paresse ou corruption ? Plusieurs mois plus tard, il allait obtenir un poste auprès du procureur général.

Melissa Lucio a bénéficié une défense incomplète face à un procureur corrompu. Sabrina Van Tassel est convaincue : « Il ne fait quasiment aucun doute que si Melissa avait été défendue comme elle aurait dû l’être, elle ne serait pas dans le couloir de la mort. Elle serait peut-être en prison. Peut-être pas… »

 

A travers cette histoire, c’est un système tout entier que j’ai voulu confronter. Celui des juges et des procureurs qui, pour être réélus, ont besoin d’un quota de condamnations fortes, dont la peine de mort. Celui d’avocats commis d’office qui enchaînent les procès, sacrifiant leurs clients par manque d’expérience, d’envie ou manque de temps. Une justice à deux vitesses, où les pauvres ne sont pas entendus, coupables ou non.

Sabrina Van Tassel

Plaidoirie pour l’abolition de la peine de mort

Le documentaire parvient à présenter les faits de cette affaire plus compliquée qu’il n’y parait.

En examinant les problèmes liés à la présomption de culpabilité, aux conflits d’intérêt, le doute s’est immiscé et avec lui, l’ombre de l’erreur de judiciaire. Les failles du système deviennent évidentes et à l’issue de son visionnage, le spectateur ne peut que se questionner, et conclure à la nécessité d’un nouveau procès.

Images : © 2020 – Vito Films – Tahli Films

L’Etat du Texas contre Melissa
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