Copyright : UFO Productions

東洋の魔女

Les sorcières de l'Orient

Un documentaire de Julien Faraut

Les sorcières de l’Orient parle d’une légende du Japon, plutôt méconnue en Occident : celle de l’équipe nationale japonaise féminine de volley-ball des années 1960. Invaincue durant 258 matchs, les exploits de cette équipe championne furent un véritable phénomène au Japon, à l’origine d’animes et mangas sportifs comme Les attaquantes (Attack No.1, 1969, d’après le manga de Chikako Urano) ou Jeanne et Serge (Shizuo Koizumi, 1984).

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A l’origine du documentaire 

Un entraîneur de volley-ball dépose un jour des bobines d’archives à l’Institut national du Sport (INSEP) dont Julien Faraut est le responsable. Sur ces bobines, des images de l’équipe féminine de volley-ball du Japon des années 1960.

Julien Faraut reconnait dans leur manière de jouer le souvenir d’un dessin animé de son enfance : Jeanne et Serge (Shizuo Koizumi, 1984), diffusé en France à la fin des années 80 ; et pour cause, celui-ci est directement inspirée d’une histoire vraie. Il envisage alors d’en monter un film documentaire qui révèlerait cette histoire en Occident.

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Ambassadrices du Japon de l’après-guerre

Les joueuses, nées au début de la Seconde Guerre mondiale, sont toutes de jeunes employées d’une même usine textile située à Kaizuka au sud d’Osaka, à l’instar de nombreuses femmes travaillant pour œuvrer à la reconstruction de la nation. C’est à la demande de leur usine qu’elles vont former une équipe de volley-ball. Elles s’entraînent ensemble, avant et après leur journée de travail, au prix d’efforts immodérés avec leur entraîneur, surnommé « Demon coach » par les médias occidentaux, Hirobumi Daimatsu. C’est un entraînement dans la douleur, aux méthodes qui ont fait leurs preuves dans l’armée japonaise durant la Seconde Guerre mondiale.

Les animes japonais sportifs émergeants retranscrivent ce genre de séances d’entraînement, dont le documentaire juxtapose justement des extraits.

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L’entraînement était rigoureux, très dur. Mais c’est normal. C’est grâce à la rigueur et à la sévérité que l’on devient fort. Ce n’est pas en s’amusant qu’on devient une bonne équipe, des joueuses puissantes. On en était toutes persuadées et on acceptait la rigueur de l’entraînement.

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Typhon de l’Orient puis « Sorcières »
Lors de la tournée européenne précédent les championnats du monde de 1962, la presse soviétique surnomme l’équipe de volley-ball japonaise, déjà forte d’une vingtaine de victoires consécutives, le «typhon venu d’Orient», sensé s’essouffler contre les meilleures joueuses de l’URSS. Mais ce sont les Japonaises qui l’emportent ; un journaliste soviétique les surnomme alors «sorcières».

Les Jeux Olympiques de 1964

En 1964, le Japon s’apprête à accueillir les Jeux Olympiques pour la première fois sur son territoire. Ces jeux ont une dimension diplomatique et géopolitique importante, il s’agit, pour le pays, de montrer une image de renouveau puissant à l’international, presque vingt ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. En plein essor économique, le Japon est une puissance en marche, un état qui se veut désormais pacifique, résolument tourné vers l’avenir et la modernité. Alors que le nouveau train à grande vitesse, le shinkansen, bat le record mondial de vitesse, 258km/h, les Jeux Olympiques sont retransmis pour la première fois en direct par satellite dans le monde entier.

C’est également l’année où le volley-ball devient le premier sport collectif féminin olympique. Les joueuses de l’équipe de Daimatsu y joueront un rôle crucial, avec force et détermination. Médaillée d’or, l’équipe féminine de volley est une fierté nationale.

L’exploit sportif offre un concentré d’humanité, il est aisément considéré comme le symbole d’une époque, le reflet de la société qui l’a vu naître.

Julien Faraut
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Et aujourd’hui ?

Véritables icônes pop avec chacune leur surnom, les joueuses de l’équipe nationale et leurs exploits ont fait naître le modèle type des animés sportifs, impliquant la culture de l’entraînement et du sport d’équipe. Pendant plus de 10 ans, les « sorcières » ont dominé le monde sportif.

60 ans plus tard que sont-elles devenues ? Le réalisateur, Julien Faraut, est parti à leur rencontre. Un travail de recherche d’une année, certaines des joueuses étant aujourd’hui malades ou décédées. Les joueuses interviewées ont aujourd’hui entre 73 et 83 ans. Elles livrent leurs souvenirs et des anecdotes sur leur carrière avec une étonnante humilité.

« Comme la majorité des Japonais(es), elles n’aiment pas se mettre en avant. Ce n’est pas dans leur ADN de parler d’elles. Elles font partie d’une génération dont l’unique ambition sportive était l’honneur, la médaille. 

Un documentaire sportif original, qui se démarque par son souci esthétique : les images d’archives fusionnent aux séquences animées (Attack N.1) avec fluidité et dynamisme, des interviews actuelles racontent les exploits du passé – le tout sans voix off. La musique aux tonalités électroniques, est composée par Jason Lytle, leader du groupe Grandaddy. Le tout donne un rendu attrayant. Une manière de raconter le sport avec ses répercussions sociales et culturelles, qui fait des Sorcières de l’Orient un document important sur le Japon des années 60.

Les sorcières de l’Orient
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