Un documentaire réalisé par Masa Sawada.

« De tout votre cœur, accomplissez votre devoir et rappelez-vous que l’honneur représente plus qu’une montagne alors que la mort n’est que l’équivalent d’une plume… »
« La voie suprême du ciel et de la terre » 
Serment de fidélité à l’Empereur

Parole de kamikaze est un documentaire de forme et de ton extrêmement sobres, recueillant respectueusement les confessions d’un vieil homme, Fujio Hayashi, qui offre ses souvenirs d’ancien kamikaze durant la Seconde Guerre mondiale. Documentaire historique troublant, à l’instar des mémoires de Yasuo Kuwahara (Kamikaze, publié par les éditions Jourdan), Fujio Hayashi, seul face à la caméra, livre sa parole de survivant tourmenté.

Naval History & Heritage Command, Public domain, via Wikimedia Commons

© Comme des cinémas 2014

Il n’y a pas plus grand honneur que de servir l’Empereur ; c’est ainsi que de jeunes hommes, élite du future empire, sont recrutés, conditionnés et entraînés comme pilotes d’avions-suicide contre les escadres alliées lors des batailles dans le Pacifique, un ordre désespéré du Haut commandement japonais – remédiant ainsi au manque d’effectif militaire (la cible étant ainsi endommagée au maximum par l’attaque).
L’appel dans l’Unité d’attaque spéciale « Kamikaze » est un honneur, et une sentence de mort dans un acte de sacrifice pur. Conditionnement intellectuel, le refus de la mission n’est pas possible sous la pression de l’état-major militaire et de la société.

La première apparition officielle des kamikazes a lieu pendant la bataille du golfe de Leyte le 25 octobre 1944. Les kamikazes pilotent alors des Mitsubishi A6M5 modèle 52 « Zéro », transportant chacun une bombe de 250 kg.

© Comme des cinémas 2014

© Comme des cinémas 2014

Fujio Hayashi a 22 ans lorsqu’il se porte volontaire pour la première opération kamikaze à bord d’un Okha. Simple individu appartenant à l’Empereur, il ne s’oppose pas à l’embrigadement. S’il n’a jamais piloté un Zero ou un Okha, s’étant pourtant préparé à mourir et aspirant « partir en mission », il est devenu instructeur de l’Unité kamikaze, dirigeant des missions, envoyant de jeunes subordonnés, parfois devenus ses amis, à la mort. Une culpabilité qu’il a porté sa vie durant.
La mort n’est pas venue pour celui qui voulait se sacrifier. Soixante-dix ans plus tard, le poids de ces deux années de guerre ne s’est pas allégé. Partagé entre son nationalisme et un sentiment de trahison, il porte encore des paroles de colère envers l’Empereur, reprochant son attitude vis-à-vis du peuple japonais et de son armée.

Fujio Hayashi a longtemps hésité à donner son accord pour livrer son témoignage au réalisateur Masa Sawada, accompagné de Bertrand Bonello – renforçant encore l’importance et la valeur de ce documentaire, en tant que devoir de mémoire.

lexique

littéralement « vent divin » – désigne dès 1944 une Unité d’attaque spéciale composée de pilotes d’avions-suicide armés d’une bombe, dont la mission est de se « jeter » volontairement sur le pont des navires US. En Occident, le terme se rapporte plus largement aux attentats terroristes contre les civils et à forte idéologie religieuse. Au Japon, le terme demeure spécifique aux soldats de la Seconde Guerre mondiale.

chasseur embarqué de type 0 (Rei shiki kanjo sentoki) – abrégé « Zéro » (zero-sen) – chasseur-bombardier japonais, utilisé de 1940 à 1945, créé par l’ingénieur Jirô Horikoshi (dont la vie a été romancée dans le film d’animation d’Hayao Miyazaki Le vent se lève). Avion léger, doté d’une excellente manœuvrabilité.

ou Yokosuka MXY-7 Okha, planeur monoplace, bombe volante pilotée, conçue spécifiquement pour les attaques-suicides à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

« Nouvel an 1945 à la base aérienne de Hiro. Le capitaine Yoshiro Tsubaki, commandant la 4e escadrille de chasse, vient de nous réunir dans son bureau sans que nous ayons la moindre idée de la communication spéciale qu’il veut nous faire. (…) Après un long silence, sa voix s’élève, impérative, sonore : « Le moment vient d’arriver, enfin… Nous devons faire face à une grave décision ». De nouveau un silence. Mais cette fois, je ressens un frisson me parcourir l’échine ; la mort est là, je la sens tout près, prête à nous attirer sans recours possible. Et les paroles du capitaine retentissent comme un glas : « Ceux d’entre vous qui ne veulent pas donner leur vie pour notre grand Empire nippon n’y seront pas forcés. Qu’ils lèvent donc la main ceux qui ne se sentent pas capables d’accepter cet honneur… maintenant ! » Encore une pause. (…) Puis, hésitante, timide, se leva une main. Une autre suivit, et encore une autre… cinq, six en tout. Un combat furieux s’engagea alors en moi. (…) Vais-je lever la main ? Je le voudrais tellement ! Mais non, je ne le puis. Non, je ne suis pas lâche à ce point. Mes mains tremblent comme des feuilles mais restent collées à mes côtés. « Ah, c’est ainsi ! » Le capitaine Tsubaki fixe les hommes qui ont levé la main. « Nous savons donc exactement ce que vous valez », continue-t-il. « Voici six hommes qui reconnaissent ouvertement leur déloyauté, dit-il en se retournant vers ceux qui n’ont pas fait un geste. Six hommes qui manquent complètement d’honneur, de courage. Eh bien, puisqu’il en est ainsi, ils feront partie du premier groupe d’attaque des Kamikaze ». J’ai le souffle coupé. Tous mes efforts pour respirer normalement semblent se heurter à une barrière dans ma gorge. Six hommes de mon escadrille viennent d’être choisis pour mourir. »

uncredited, Public domain, via Wikimedia Commons

Parole de kamikaze
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