Sing me a song

Un documentaire de Thomas Balmès

Sing Me a Song (2020) fait suite au précédent documentaire de Thomas Balmès : Happiness (2013). 

Il y a 10 ans, le documentariste Thomas Balmès se rend à Laya, un village du Bhoutan, pour filmer un monastère tibétain à quatre mille mètres d’altitude. 

Le Bhoutan est un petit royaume himalayen coincé entre l’Inde et la Chine, de 38 000 km2 et de 750 000 habitants environ. Pays fantasmé, connu notamment pour son indicateur de richesse BNB (bonheur national brut) en opposition au PIB, et ses paysages grandioses, il fait aussi parti de ces territoires rares, longtemps isolés du reste du monde. 

Thomas Balmès, qui souhaite questionner l’impact des “écrans” sur nos sociétés, y voit le lieu idéal pour confronter le pouvoir des nouvelles technologies aux valeurs traditionnelles.

Ce désir de travailler sur l’impact des écrans dans nos sociétés date d’il y a une quinzaine d’années.
Il correspond à la naissance de mon premier enfant, et à l’arrivée des premiers smartphones.
Après avoir hésité à faire un film aux Etats-Unis, où la consommation d’écran est massive, j’ai finalement trouvé plus intéressant de m’immerger dans une communauté où les écrans étaient encore absents et de suivre les effets de leur arrivée.

Thomas Balmès

Quand Thomas Balmès tourne Happiness, en 2013, il fait la rencontre de Peyangki, un enfant s’apprêtant à être confié à un monastère bouddhiste pour son éducation, il le suit tout en filmant l’introduction de la télévision dans son village qui vivait jusqu’alors sans électricité.

Cette nouveauté dans la vie des Bhoutanais est un véritable raz de marée car avant 1998, la télévision et internet étaient interdits. Tout un monde devient accessible, visible derrière un écran, et il n’y a guère de modération, tout à l’euphorie de la découverte.

Sing me a song donne un aperçu du Bhoutan, 7 ans plus tard. Thomas Balmès constate les métamorphoses induites par l’invasion des écrans. Une mutation du pays de plus en plus forte à mesure que s’est enracinée dans le quotidien la présence du téléphone portable.

Il retrouve aussi Peyangki, maintenant âgé de 17 ans, jeune moine qui doute toujours de sa vocation. 

Lui et ses camarades sont obnubilés par les écrans de leur smartphone, que ce soit pour des jeux ou pour échanger sur les réseaux sociaux. Une image assez insolite et pour le moins marquante du documentaire montre les jeunes moines récitant mécaniquement des sutras, les yeux rivés sur leur téléphone.

Par l’intermédiaire de WeChat, Peyangki a rencontré une jeune chanteuse dont il tombé amoureux, Ugyen. Elle vit à la capitale, Thimphu. 

 

Les très belles images du documentaire montrent le monastère traditionnel de Laya, ses montagnes sur lesquelles contrastent les robes rouges des moines, puis la ville, Thimphu, éclairée par les multiples néons et écrans. 

Peyangki ne sait pas encore s’il va quitter le monastère. 

La caméra de Thomas Balmès filme son quotidien, en totale immersion, à la manière d’une fiction, tout en nous interpellant sur cette addiction aux écrans que l’on partage tous. Au Bhoutan comme ailleurs.

La problématique de l’addiction aux écrans est universelle.
Ce qui est intéressant avec le cas du Bhoutan, c’est qu’en quelques années, de l’absence totale de liens avec le monde extérieur, il est devenu le plus grand consommateur d’écrans de toute l’Asie. L’irruption de la société digitale et des écrans s’y est faite de manière brutale. (…). Regarder la société bhoutanaise subir des transformations aussi importantes nous permet de réfléchir sur la place des écrans chez nous, et sur nos propres pratiques.

Thomas Balmès

A travers les images magnifiques et le ton contemplatif de Sing me a song, Thomas Balmès illustre, sans pour autant condamner, le pouvoir des nouvelles technologies, ouvrant un monde de désirs et de possibilités. 

Un monde conduisant à la consommation de masse, créée par le capitalisme, et dont il est si difficile de se détourner, à l’image d’un pays comme le Bhoutan si vite transformé.

Vidéo à découvrir :
Arte découverte
5 minutes au Bhoutan

“Le bonheur est-il le meilleur indicateur de croissance ?
Depuis 1972, le Bhoutan s’efforce d’améliorer son indice BNB (bonheur national brut). Le pays place le bonheur de sa population au dessus de sa croissance économique et compte plus de moines que de policiers.

Pourtant, derrière la promesse idyllique d’un bonheur simple se cache une réalité plus complexe. Mondialisation galopante, pauvreté de la population et chômage des jeunes, autant de difficultés qui perturbent l’utopie Bhoutanaise.”

Sortie DVD le 16/03/2021

Sources

Textes : © Colaco – Images : © Nour Films

Sing me a song
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