Un pays
qui se tient
sage

Un documentaire de David Dufresne

© Le Bureau, Jour2Fête

Un pays qui se tient sage, documentaire de David Dufresne, est le fruit d’un travail d’archives important et indispensable.

Le titre provient d’une parole d’un CRS détournée, que l’on peut entendre sur une vidéo tournée à Mantes-la-Jolie en décembre 2018 : « Voilà une classe qui se tient sage », commente un policier devant la scène d’intervention de lycéens qui se tiennent mains sur la tête et genoux dans la boue d’un terrain vague.

David Dufresne

David Dufresne est journaliste, co-fondateur de Mediapart et chroniqueur à Libération.

Depuis trente ans, il s’intéresse à la question des violences policières ; il y a consacré un livre en 2007 Maintien de l’ordre, ainsi qu’un roman en 2019, Dernière sommation. Il avait déjà réalisé un premier documentaire, sur les émeutes de 2005, Quand la France s’embrase.

Spécialisé dans la collecte d’archives vidéo via Twitter, il a collecté et répertorié un nombre conséquent de films de téléphones portables. Marqué par l’escalade des violences policières durant les mouvements des Gilets jaunes et par cette nouvelle manière de témoigner, le journaliste y consacre son film.

Le documentaire tend vers un but, celui d’interroger, d’interpeller. Il cherche à questionner sur la violence utilisée par les forces de l'ordre. Est-elle légale ? Est-elle légitime ?

Captées durant la période de contestation sociale des Gilets jaunes, de novembre 2018 au printemps 2019, les images, filmées par les smartphones de manifestants, sont brutes, pixélisées, verticales, tremblantes… et connues, partagées mainte fois sur les réseaux sociaux, diffusées à la télévision. Mais David Dufresne fait le choix du format cinéma pour son impact émotionnel plus fort.

© Le Bureau, Jour2Fête

Projetées sur grand écran, elles acquièrent une force de contre récit, de cinéma direct, brut, engagé. Et enfin, placées dans une perspective analytique, elles revêtent une valeur sans commune mesure avec les timbres poste qu’on swipe. Elles font et sont documentaires.

-- David Dufresne
Les images, particulièrement violentes, sont contrebalancées par la présence de vingt-quatre intervenants, invités à débattre et à développer le propos. Ils sont Gilets jaunes, avocats, journaliste, rapporteur de l’ONU, historien, sociologue, ethnographe, enseignant en droit public, quelques rares représentants des forces de l’ordre. Tous sont filmés tandis qu’ils regardent les images brutes. Ils réagissent à vif, puis réfléchissent en face à face sur le rôle de la police, sa place originelle "au service du peuple", la légitimité de la violence. Sont cités Pierre Bourdieu, Hannah Arendt, Rousseau ou encore Max Weber et sa célèbre tirade "L’Etat revendique pour son propre compte le monopole de l’usage de la violence légitime."

© Le Bureau, Jour2Fête

En fin de film sont affichés les noms et les fonctions des différents intervenants. On apprend à ce moment que David Dufresne aurait invité les instances officielles de police à rentrer dans le débat mais que celles-ci ont refusé de participer au film.

Cette absence est pourtant un grand manque au documentaire, ne lui permettant pas de rentrer plus en profondeur dans la discussion. En effet, sans le concours des organismes de police (préfet de police, DPN, DGGN…), le débat est moins nuancé.

© Le Bureau, Jour2Fête

© Le Bureau, Jour2Fête

Un défaut d’impartialité qui se ressent également dans l’omission du rôle des casseurs et des Black blocs (fragilisant les revendications légitimes des Gilets jaunes), qui ont pourtant un rôle dans le cercle vicieux de la dissolution des rapports entre force de l’ordre et manifestants.

Une subjectivité dommage pour un documentaire aux images fortes, qui ne peuvent qu’interpeller, et aux réflexions intéressantes sur le pouvoir et la violence d’Etat au sens large.

Je crois que ce refus a été motivé par la peur du débat et peut-être par la conscience chez certains des hauts responsables que quelque chose ne va vraiment pas au sein de la police. […] De mon point de vue, les quatre cartons à la fin du film, indiquant le refus des autorités de s’exprimer, sont dévastateurs pour elles, parce que cela montre leur autoritarisme.

-- David Dufresne

Sortie DVD le 02/03/2021

Sources :
Textes : ©Colaco
Images : ©Le Bureau, Jour2Fête

Un pays qui se tient sage
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