Debout les femmes !

Un documentaire social et engagé de Gilles Perret et François Ruffin

A la rencontre des travailleuses "du lien"

Les députés François Ruffin et Bruno Bonnell

François Ruffin (La France insoumise) et Bruno Bonnell (La république en marche) se sont portés volontaires pour la mission parlementaire des « métiers du lien ». François Ruffin (réalisateur de Merci patron, récompensé du César du meilleur film documentaire), a été élu député de la Somme en 2017. Quant à Bruno Bonnell, il est un entrepreneur spécialisé dans le domaine des technologies numériques, élu député du Rhône en 2017. Tous deux ont accepté d’être filmé dans le cadre de leurs activités parlementaires.

Road movie

Dès 2019, avec les députés sur le terrain, la caméra embarque au-devant des travailleurs, pour faire entendre leur voix. Ce sont 90 % de femmes qui font ces métiers dits « du lien », non reconnus et pourtant essentiels. La société en aura de plus en plus besoin, et pourtant, ces professions ne bénéficient d’aucune revalorisation. Dans toute la France, de Dieppe à Amiens en passant par Abbeville, et par temps de Covid (en plein confinement), François Ruffin et Bruno Bonnell vont aux devant de ces femmes, travailleuses précaires, qui doivent répondre présentes. Ils prennent le temps de montrer leur quotidien mais surtout de les entendre et les comprendre pour pouvoir les défendre sur les bancs de l’Assemblée.

Témoignages

Aides à domicile, AVS (auxiliaires de vie scolaire), AESH (accompagnant des élèves en situation de handicap), agents d’entretien, Sabrina, Sandy, Laetitia, Isabelle, Annie, Assia, Sylvie, Hayat, Fatima, Géraldine, Corinne... Les témoignages des travailleuses se succèdent et se ressemblent : fortes amplitudes horaires, trajets non comptés, vie de famille et santé mises en péril, salaires de misère, pour s’occuper des plus vulnérables. D’après François Ruffin, c’est parce qu’ils sont dits « féminins » que ces métiers sont dévalorisés, ces employées invisibilisées. Certaines de ces femmes ont été briefées avant l’arrivée des caméras, pour éviter tout scandale, des AVS et des agents d’entretien de l’Assemblée ont ainsi refusé d’être filmés par peur de perdre leur travail.

En les montrant, en les écoutant, (…) on pose cette question : pourquoi ces métiers, essentiels, sont-ils sans statut, sans revenu ? Pourquoi, pour ces femmes des salaires de misères et des vies de galère ? Franchement, qui pense un instant qu’elles sont moins utiles que les traders et les publicitaires ?

Gilles Perret

Les métiers du lien

01.

Secteur de l'aide à domicile

Précarité : 17,5 % de ménages pauvres parmi les intervenants à domicile contre 6,5 % en moyenne pour l’ensemble des salariés. Les aides à domicile touchent en moyenne 682€ par mois (rapport Ehrel). Les trajets sont souvent peu comptés, une AVS peut se retrouver à temps partiel alors qu’en réalité elle consacre plus de 50 heures au travail par semaine, compte tenu des déplacements entre chaque domicile. Le secteur dénombre plus d’accidents du travail que dans le BTP.

03.

Les agents d'entretien

On compte 1,9 million de salariés dans le nettoyage dont 80 % de femmes. Ils touchent 764€ par mois en moyenne (rapport Ehrel).

02.

Les AVS et AESH

Précarité : 750€ par mois en moyenne. 96 % disent ne pas pouvoir vivre dignement. Les temps de préparation ne sont pas comptés. Ils représentent 30 % du temps de travail total. 60 % des agents sont à temps partiel.

Stagnation, négociations et avancées

Après avoir mené ces auditions, les députés François Ruffin et Bruno Bonnell, rapporteurs de la commission d’information parlementaire, ont rédigé un rapport pouvant amener à un débat sans vote, une proposition de loi, ou un projet de loi porté par le gouvernement ou un décret.

Quelques jours après la sortie du film a eu lieu le vote de textes budgétaires à l’Assemblée nationale. Des amendements ont ainsi été déposés pour demander que le budget de l’Etat revalorise les « métiers du lien ». Mais les résultats escomptés n’ont pas été atteints. La loi grand âge (pour les aides à domicile), tout d’abord annoncée pour mi-2018, n’a eu de cesse d’être reportée. A l’heure actuelle, il n’y a toujours aucune certitude sur sa potentielle présentation avant la fin du mandat. L’avenant 43 a été négocié entre les partenaires sociaux et la ministre déléguée chargée de l’autonomie : une augmentation de salaire de 13 à 15 % pour les personnels de services d’aide à la personne et les organismes qui interviennent auprès de bénéficiaires (200 000 personnes) a été obtenue, cependant, l’augmentation est variable et dépend de la décision des départements. Les femmes de ménage de l’Assemblée nationale, quant à elles, ont obtenu un 13e mois, versé à partir de cette année.

Dans la séquence finale du documentaire, François Ruffin imagine une Assemblée exclusivement composée de femmes, qui peuvent enfin s’exprimer directement et réclamer leur dû. Dans cette assemblée reconstituée dans l’hémicycle du Conseil économique, social et environnemental au palais d’Iéna, les voix des femmes résonnent et entonnent l’hymne du MLF (Mouvement de Libération des Femmes).

Levons-nous femmes esclaves, Et brisons nos entraves, Debout, debout, debout !

Hymne du MLF (Hymne des femmes)

Images : © 2021, Fakir, Jour2Fête

Date de sortie le 01/03/2022

Debout les femmes !
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